Un filet social bien tendu
Nos syndicats et socialistes semblent bien fiers du filet social que s’est bâti le Québec au fil des ans. Répartition de la richesse, réduction de la pauvreté, garantie de couverture des besoins minimum à la retraite, protection contre le chômage, soins de santé gratuits, frais de scolarité quasi symboliques, sont des avantages régulièrement mentionnés par ceux-ci.
Pourtant, la plupart de ces mesures sont non seulement inefficaces, mais également inéquitables.
Le cas du Régime Public d’Assurance Médicaments obligatoire
Prenons pour exemple l’une des mesures les plus inéquitables qui ait été introduite récemment : l’assurance médicaments. Normalement, une compagnie d’assurance charge un montant de façon à couvrir son risque. Ainsi, une personne jeune et en santé aurait une prime beaucoup moins élevée qu’une personne âgée ou malade. Le régime du gouvernement du Québec, toutefois, ne fonctionne pas selon ce principe élémentaire de couverture de risque : tout le monde paie la même prime. Les exceptions : les enfants de personnes assurées, les chômeurs, les personnes âgées à faible revenus et les personnes bénéficiant de l’aide sociale. Ces derniers adhèrent gratuitement au programme.
Ce système est totalement inéquitable. En effet, il fait porter le fardeau du financement sur les jeunes, ces derniers étant ceux qui paient le plus et qui bénéficient le moins du programme. De plus, les personnes plus âgées bénéficient maintenant, au moment où elles en ont le plus besoin, de l’assurance, alors qu’elle n’ont commencé à payer qu’en 1997 pour le régime au mieux, ou elles ne paient pas du tout si elles ont droit au Supplément de Revenu Garanti maximal.
Profiter maintenant, faire payer par d'autres plus tard
Quand on y regarde de plus près, bien des programmes sociaux similaires ont été adoptés au cours des années. D’autres exemples sont les tarifs subventionnés d’hydro-électricité ainsi que les frais de scolarité universitaires gelés pendant des années. Il s’avère que pendant la majeure partie de leur vie, les boomers auront profité au maximum de tarifs subventionnés. C’est maintenant qu’on commence à débloquer les tarifs (il était temps!), mais le résultat demeure inéquitable : les jeunes qui ont aujourd’hui 18 ans n’auront jamais eu droit, eux, à des tarifs d’hydro et des frais de scolarité aussi subventionnés que leurs prédécesseurs.
Pourtant, ces jeunes vont devoir payer la dette cumulée par les générations précédentes.
La dette n'a jamais servi à bâtir des infrastructures
L’argument que j’entends le plus souvent par les plus vieux au sujet de cette dette, c’est qu’elle a permis de procurer au Québec des infrastructures qui profitent aujourd’hui aux jeunes. La réalité est beaucoup plus terne.
Bien sûr, Hydro-Québec est un formidable actif pour le Québec. Par contre, s’il était vrai que la somme des actifs du Québec était profitable à tous aujourd’hui, cela signifierait que la dette finirait par se payer d’elle-même, grâce justement aux infrastructures que l’on s’est payé en s’endettant. On constate toutefois qu’il n’en est rien : la dette continue de grimper. Pour réduire cette dette, il faudra tôt ou tard réduire les services ou encore, augmenter les impôts.
Nous sommes alors forcés de constater, à la lumière d’impôts plus élevés ou de services réduits, que les plus anciens auront profité d’un panier de services ou d’avantages durant la majeure partie de leur vie, alors que arrivants sur le marché du travail, eux, ne bénéficieront pas autant de ce panier et devront pourtant continuer à payer la facture de l'épicerie des décennies précédentes, probablement toute leur vie durant.
Quand le résultat est le contraire de l'intention initiale
Pour terminer, il est également important de noter que la plupart de ces mesures sociales sont, de sucroît, totalement inefficaces. Prenons l’exemple du RRQ au Québec. Cette caisse de retraite obligatoire est supposée protéger les québécois en leur garantissant un revenu à la retraite. Or, il s’avère que les québécois sont ceux qui auront les revenus de retraite les moins élevés au Canada, alors que pourtant, dans la plupart des autres provinces, il n’y a pas de régime tel que le RRQ.
Comment expliquer ce phénomène? Le RRQ n’est-il pas supposé, au contraire, augmenter les revenus de retraite des québécois? La réponse est simple : les québécois sont déresponsabilisés quant à leur retraite.
Son filet social déresponsabilise les québécois
L’État Providence les a confiné dans un état d’esprit où ils croient que l’État leur garantira les mêmes services et une retraite confortable. Aussi, plutôt que d’améliorer les revenus de retraite des québécois, le RRQ les a diminué.
Exemple parfait d’une mesure en théorie utile et louable, mais qui, en pratique, n’atteint pas les résultats visés.
29 juillet 2007
Le filet social du Québec : inéquitable et inefficace
Publié par
Jean Lavertu
à
12 h 58
Libellés : filet social, gouvernement inefficace, inéquité intergénérationnelle
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3 commentaires:
Il faut avouer que tu as raison au sujet des contributions tardives au régime public d’assurance médicament. C’est un peu l’histoire des rentes du Québec qui risque de se retrouver en déficit dans les prochaines années car certains retraités actuels n’ont pas justement contribué entièrement au régime. Une erreur de jugement ayant pour motif une trop grande générosité, peut être, mais il ne faut pas cracher sur un programme qui aide les personnes âgées.
Au sujet des frais de scolarité, oui, je suis d’accord. On aurait au moins dû indexer les tarifs à l’inflation. Avec la hausse du coût de la vie, qui se répercute sur les salaires des enseignants, sur les coûts énergétiques et tous les autres frais afférents reliés aux institutions d’éducation, une hausse de 2% par année des frais de scolarité aurait été sensée. Cela aurait permis de maintenir une qualité de l’éducation sans des subventions accrues de l’État. Mais l’éducation publique est toujours pertinente pour assurer un niveau d’instruction à tous sans distinction de statut social.
Au sujet de la dette, il est démontré que les impôts des entreprises au Canada ont beaucoup diminués depuis 1950 en rapport à l’apport des particuliers. Si les richissimes compagnies paieraient leur juste part en impôt, peut-être les États des pays développés ne seraient pas autant dans le rouge.
Sur le fond de ton billet, je ne suis pas vraiment d’accord. Plusieurs pays européens ont des filets sociaux généreux qui ne nuisent pas à la prospérité de leurs sociétés.
Bonjour Jimmy,
Je suis 100% en faveur d'éducation primaire, secondaire, collégiale publique gratuite et de qualité, et je crois que les mesures sociales telles que les pensions minimales (exemple: pensions de vieillesses du Canada), l'assurance chômage et l'assistance sociale (particulièrement pour les invalides).
Mais pour revenir à la dernière partie de ton commentaire, où tu mentionnes les impôts des sociétés et ensuite, les mesures sociales de certains pays européens.
D'une part, il faut se rappeler que beaucoup de ces pays européens ont des déficits (la France, même, dépasse les niveaux autorisés par l'Union Européenne). Un jour, le budget devra "balancer" comme dirait Molière, et soit on augmentera encore les impôts ou on devra diminuer les services (d'après moi, le deuxième choix est le meilleur, car le niveau d'imposition est déjà très nuisible au rendement de l'économie).
Mais savais-tu que le niveau d'imposition des entreprises en Europe (24.2% en moyenne dans l'Union Européenne) est beaucoup plus bas qu'aux États-Unis (40%) et au Canada (36.1%)?
De plus, les pays de l'UE sont parmi ceux ayant le plus baissé les impôts des sociétés dans les dernières années, y compris des pays comme la Suède, la France et le Danemark. Si des pays socialistes baissent les impôts des sociétés alors qu'ils sont déjà plus bas que les nôtres, je ne comprends pas l'argument selon lequel on devrait augmenter les impôts des sociétés au Canada.
Je ne parlais pas de % d'impôts, mais de proportion de contribution des entreprises aux revenus de l'État: aux États-Unis, par exemple, en 1952, la part des entreprises était de 31,1% et en 1998 de seulement 11.5%. Je ne saisis pas alors le 40% du taux d'imposition (j'avais vu aussi cette étude, mais qui l'a financée?).
Pour ce qui est des pays scandinaves à tendance socialiste, l'impôt des particuliers est très élevé d'après ce que je sais, mais cela ne semble pas nuire à la demande interne et à la santé économique. Le filet social est aussi très généreux.
Tout ce que je dis, c'est qu'en permettant d'imposer plus les sociétés, les particuliers pourraient profiter de baisse d'impôts, ce qui serait sûrement aussi bénéfique pour l'économie et favoriser une meilleure répartition des richesses.
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